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mfi ECO - Français, ou pas ?

Français, ou pas ?

L'invasion s'accélère, redoutable. Cela a commencé par quelques éclaireurs, une cinquantaine d'années auparavant.

Puis sont venues deux vagues successives, dont les assauts furent habillés des jolis atours du savoir et de l'innovation. Offensives habilement camouflées sous couvert du progrès libérateur, accueilli comme il se doit : à bras ouverts.

Bien entendu, les affairistes ont suivi, avides complices habituels de tout conquérant qui se respecte. Les affairistes, rejoints avec grand engouement par leurs frères autochtones, suiveurs par destination. Les affairistes, enfermés dans leur univers clos et leurs maniérismes, pour ne pas dire leurs snobismes.

Comme les politiciens de tous poils, bagages des précédents, pâles et envieuses marionnettes, changeant veste et chapeau à l'envi.

Et le résultat est là : l'anglais nous envahit, nous occupe.

Pour quelques mots, dont l'impropre parking, passe encore. Que l'informatique, l'Internet aient pour langue maternelle celle de la Perfide Albion, admettons. Mais alors, faudrait-il revoir les pratiques dans d'autres domaines, au même titre.

Que les horreurs de la finance, de la spéculation, des affaires toxiques, nées outre-Manche et outre-Atlantique, soient anglophones, nous l'admettrons aussi, aisément. Ce d'autant plus que la paternité des subprimes, entre autres, ne saurait être source de fierté.

Maintenant, que nos écrans (sacrés écrans !), nos médias, soient infestés, cela devient terriblement agaçant.

Certes, le monde de la publicité ne brille ni par sa créativité, ni par sa culture, mais nous jeter aux oreilles, non seulement des devises du genre « Science for a better life » ou « Innovation for you » (ben voyons !) à qui mieux mieux, mais aussi des argumentaires à 90 % en anglais pour tels produits de mer (norvégiens !), comme celui littéralement pondu pour la réclame du Centre des Produits de la Mer de Norvège1, c'est tout bonnement insupportable ! Les publicitaires auraient-ils déjà épuisé leurs (il est vrai, très maigres) ressources linguistiques pour nous infliger cela, toutes déclinaisons comprises ? Jusqu'à des mytf1 ou mycanal. Pour faire plus... riche, peut-être ?

Bien que nullement franchouillard du bonnet, je pitonne ces réclames et me détourne des produits ou services correspondants.

Quant aux médias, ce n'est pas mieux ! Il est vrai que nombre d'entre eux auraient déjà disparu sans l'aubaine des catastrophes, des drames, des conflits et faits divers. Sans l'assistance des dépêches des agences, prémâchées, prémastiquées. Et des scoops technologiques favorables à tous les anglicismes, jusqu'aux pires.

Quand, par exemple, l'un des deux principaux médias économiques français, lance ses invitations sous la forme de tonitruants et récurrents « Save the date »2 ou titre sans scrupule « Le Sportup Summit [de Montpellier] sera le Davos de l'économie sportive », des tréfonds jaillit un mot : prostitution. Violent, je le concède, mais approprié.

Mais est-ce le pire ? Il est à craindre que non.

L'enseignement lui-même est gangréné. L'ancienne maîtrise universitaire a disparu au profit du master3, on ne fait plus une maîtrise en administration des affaires, mais un master of business administration (MBA...). Licence et doctorat sont préservés dira-t-on, pour combien de temps ?

Quand l'École d'économie de Toulouse se dégrade en toulouse school of economics4, ce qui est d'autant moins à l'honneur d'un certain prix Nobel, quand les députés donnent par leur vote, sur la proposition éhontée du ministre5, le « feu vert » pour enseigner en anglais dans les universités françaises, non pas enseigner l'anglais, mais bien en anglais, l'exaspération atteint le summum.

Enseigne-t-on en français à Berkeley, au MIT6 ou à Oxford ? Est-il acceptable de promouvoir l'enseignement en anglais, en France, alors que l'enseignement du français7 est menacé d'abandon pur et simple aux États-Unis ?

Abandon qui , au demeurant, ne manquerait pas de logique au vu des résultatfs des enquêtes menées en France.

Officiellement8, 2 500 000 nationaux sont illettrés, chiffre porté à près de 3 000 000 en incluant les... analphabètes (10 % des adultes français âgés de 16 à 65 ans) ! Officiellement, c'est tout dire. En vérité, les compétences des Français se situent parmi les plus basses des (24) pays participant à l’évaluation de l'OCDE.

Sur 36 millions d'adultes9, 92,3 % sont incapables, en littératie10, « d'identifier et comprendre une ou plusieurs idées secondaires précises afin d'interpréter ou d'évaluer des affirmations ou argumentaires précis, de synthétiser des idées ou des points de vue semblables ou contraires ou, même, d'évaluer des arguments fondés sur des faits concrets. » !

Tandis qu'en numératie11 91,7 % sont incapables « d'effectuer une analyse ou un raisonnement au-delà de simples proportions, de comprendre des arguments quantifiés ou d'expliquer de façon argumentée ses réponses et ses choix, de justifier, évaluer ou réfléchir de façon critique sur ses solutions ou ses choix. » !

Justifier, évaluer ou réfléchir de façon critique sur ses solutions ou ses choix : nos soit-disantes élites, elles-mêmes, en sont-elles réellement encore capables ?

Comment, à défaut, opérer, espérer, un quelconque redressement économique, social, culturel ?

Dans tous les cas, ce colonialisme linguistique, favorisé par la paresse, la complaisance et la bassesse d'une multitude d'individus qualifiables de vulgaires collabos, doit être totalement rejeté. Comme tout autre.

À tous les candidats au sauvetage du pays.

Léo

1Basé à... Paris, 28, rue Bayard (75008).
2Sans le point d'exclamation, tout de même.
3L'allongement des études à 3 ans (la maîtrise durait 2 ans) ne change pas le fond du problème linguistique. Loi LMD de 2006.
4Désolé, les majuscules ne sont pas passées...
5Mme Fioraso, ministre socialiste de l'enseignement supérieur et de la recherche (2013).
6Massachusetts Institute of Technology (Institut de technologie du Massachusetts), Cambridge, Massachusetts, États-Unis.
7Et d'autres langues étrangères comme le russe ou l'italien.
8Agence Nationale de Lutte Contre l'Illettrisme 2016.
9Enquête « Évaluation des compétences des adultes »  – PIAAC 2011-2012 – OCDE 2013.
10Capacité de comprendre et de réagir de façon appropriée aux textes écrits.
11Capacité d'utiliser des concepts numériques et mathématiques.