Faillites #1 - Le constat

Magasin fermé

Naguère, on employait le mot « faillite ».

Aujourd'hui, pour désigner le naufrage d'une entreprise on préfère l'expression « défaillance d'entreprise », bien pudique (1).

Un tel naufrage devient aussi, très souvent, celui de toute une famille. Des vies sont brisées.

L'onde de choc de celui-ci se propage également en direction des salariés, des fournisseurs, des organismes sociaux et de l'État, qui en subissent systématiquement le contrecoup (2). D'évidence, la « défaillance » affecte aussi le territoire où se situe l'entreprise en situation d'échec.

Une telle catastrophe, car il s'agit bien d'une catastrophe, est de nature à susciter la recherche et l'analyse des causes (réelles et précises), afin d'en tirer les leçons (pour les entrepreneurs et dirigeants) et de mettre en oeuvre une prévention efficace, dans la mesure du possible (au niveau institutionnel).

Quand le mal devient une véritable pandémie sans cesse croissante, venant à frapper des centaines de milliers de personnes chaque année, ébranlant les institutions du pays, la catastrophe devient nationale.

Et pandémie il y a (3) : 63 0814 faillites en 2015, 63 400 en 2014, 62 848 en 2013, 61 139 en 2012, 59 869 en 2011 pour ne citer que ces dernières années. Les TPE (Très Petites Entreprises) représentant... 79 % de ces échecs et... 99 % des cessations.

Ces chiffres, bien que déjà impressionnants, cachent bien pire : pour la seule année 2013, la destruction d'emplois correspondante a concerné 269 000 personnes (4) et généré la débâcle pour plus de 530 000 personnes au niveau familial (5). Ceci se répétant - il paraît utile de le rappeler - année après année !

Dès lors, de tels chiffres et - surtout - un tel désastre humain, devraient, non plus susciter, mais imposer les recherches, analyses et remèdes évoqués ci-dessus.

Or, malgré la récurrence de ces funestes données, les chiffres restent des chiffres et les statistiques des statistiques, déshumanisés par nature. Des données dont les commentateurs, les « spécialistes », les « experts » s'emparent cycliquement, le temps de noircir une page, un blanc, pour passer ensuite à autre chose et les laisser sombrer dans l'oubli, comme les centaines de milliers d'acteurs et victimes du fléau. Par indifférence, par paresse ? Et puis, selon l'expression connue, cela repart pour un tour !

Nous avons longuement recherché ne serait-ce qu'une étude, un article même, susceptible de présenter une analyse précise et pertinente du phénomène. En vain.

Pour l'ensemble des auteurs, les arguments sont les mêmes : crise et croissance trop faible, euro trop fort, compétitivité insuffisante, les trois indicateurs alibis ! On invoque aussi, bien entendu, les charges trop lourdes, la forteresse du code du travail, la fiscalité...Le comportement des entrepreneurs et des dirigeants est très exceptionnellement abordé et presque toujours à décharge: difficultés de financement, faiblesse du marché, etc. De tels arguments nous ont paru très insuffisants et douteux.

Nous avons donc recherché les causes réelles et majeures de cette gangrène, et le résultat est surprenant, bien loin des alibis ci-dessus.

Celui-ci, fruit d'une enquête effectuée durant de longs mois sur le « terrain » sera publié en douze parties, à raison d'un sujet par semaine à compter du 30 septembre 2016, pour le premier volume.

 

Henri Rius

 

Crédit photo : Magasin fermé - © Wilfried DELFOSSE/mfiECO- Montage Lil'Art

(1) Caractérisée par l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire ouverte à l'encontre de l'entreprise concernée, lorsque celle-ci est en état de cessation de paiement (définition de l'INSEE).
(2) Pertes d'emplois pour les salariés, de créances pour les fournisseurs, de cotisations pour les organismes sociaux, d'impôts et taxes pour l'État, avec tous les effets induits que l'on imagine sans peine.
(3) Données INSEE, ALTARES et EULER HERMES (taux TPE). Hors autoentreprises, bien entendu.
(4) Données ALTARES (emplois détruits ou menacés de destruction).
(5) Base moyenne de référence par famille : le couple.